Jean-Marc Héry lors de ses recherches sur Louis-Félix Chabaud, a dû voyager, Paris surtout, Monte-Carlo, l’Italie… mais en dehors des œuvres intégrées aux monuments, c’est à Venelles qu’il a découvert les originaux de nombreuses sculptures, des aquarelles, des gouaches, des croquis, des documents de toutes sortes, contrats, factures, devis, commandes, lettres.

Opéra de Paris, Opéra de Monte-Carlo

Avant de parler spécifiquement de la contribution de Chabaud à l’opéra de Paris (qui est immense), il convient de repositionner géographiquement les principales salles où il est intervenu sur une maquette en coupe et sur une vue de face.

Musée d'Orsay - Maquette façade opéra Garnier← Il existe en effet au Musée d’Orsay un fond sur la construction de l’opéra de Paris qui permet de visualiser plus facilement certains éléments des décors, soit parce qu’ils sont hors de vue, soit parce qu’ils sont situés dans des salles traditionnellement interdites au public.

Façade de l'opéra de ParisIci une photo extraite de l’ouvrage de J.P. Delagarde sur l’extérieur de l’opéra… ses références qui datent de 2000 font apparaître d’ailleurs plusieurs erreurs. →

Le fonds Chabaud disponible à Venelles est d’une extrême variété et serait susceptible d’intéresser non seulement le Musée d’Orsay (où, je le rappelle, subsiste une salle dévolue à l’opéra de Paris), mais aussi la BNF et l’Opéra de Paris.

L’Opéra de Monte Carlo quant à lui ne s’y est pas trompé en réalisant en 2001 des copies des bas-reliefs insérés dans des pilastres détruits en 1960 et dont les originaux en plâtre sont à Venelles.

À Venelles, le fond concernant les opéras Garnier comprend :

  • une série de photos de l’atelier DelMaët et Durandelle datant des années 1970, photos qui sont en parfait état et décrivent pour certaines d’entre elles le chantier même des monuments. Il faut savoir qu’une partie de ces photographies avaient été tirées en deux exemplaires et que la deuxième série de trouve actuellement au Musée d’ORSAY… c’est dire la valeur de ces témoignages.
  • une série de documents administratifs relatifs à des commandes ou à des échanges entre Garnier et Chabaud
  • Une série d’épreuves préparatoires originales en plâtre… j’insiste… il s’agit bien des originaux qui sont à Venelles, pas des œuvres plus abouties ou copies qui sont à l’opéra de Paris
  • une série de documents et plâtres réalisés pour la Monnaie de Paris et relatifs à l’opéra de Paris
  • Certaines épreuves préparatoires en plâtre d’ornements de l’opéra Garnier

Avant d’aller plus loin il convient de se rappeler * comment les sculptures étaient élaborées à l’époque et ce que j’entends par épreuve préparatoire originale. Un sculpteur, pour tailler dans du marbre ou de la pierre, va avoir besoin de plusieurs repères : on parle de points de basement, de points chefs et de points principaux. Le sculpteur va donc commencer toujours par réaliser une épreuve préparatoire en plâtre qu’il va tailler comme de la pierre, en positionnant ces différents repères.

Buste de Carpeaux← Étudions ce qui se passe par exemple sur le cas d’une statue de Carpeaux.Buste de Saliéri - Venelles Au final il ne reste sur le plâtre que des points principaux à partir desquels le sculpteur va pouvoir commencer à travailler la pierre dure : il s’agit généralement de parties métalliques qui émergent de ↑ l’épreuve préparatoire. Ce sont ces parties métalliques que l’on retrouve chez la famille RIAS, par exemple sur le buste de Salieri. (Cliquer sur les images pour agrandir)

Sur Venelles, Salieri, Torelli et nombres d’autres sculptures et d’ornements demeurent ainsi que les bons de commande correspondants et parfois même des échanges avec Garnier lui-même.


* Quelques explications pour mieux comprendre Chabaud et son œuvre.

La taille directe : Le sculpteur en taille directe attaque le bloc de pierre avec une idée des formes qu’il veut en dégager ; il peut partir d’esquisses dessinées ou modelées et reporte régulièrement sur son bloc des repères lui permettant de se guider.

La taille par mise aux points : La taille avec mise aux points part d’un modèle à grandeur définitive sur lequel on repère les points les plus saillants et leurs distances respectives, reportées sur le bloc et contrôlées tout au long de l’avancement du travail par des instruments de précision (méthode dite des « trois compas », compas de proportions, compas à branches courbes, châssis à mettre aux points, machine à mettre aux points). Au début du XIXe siècle l’invention du « pantographe » par Achille Collas (1837), facilite encore les méthodes de report et autorise même l’agrandissement ou la réduction du modèle. La sculpture peut être exécutée en ronde-bosse conçue de façon à pouvoir être observée de tous les côtés, ou en relief et dans ce cas se détache plus ou moins fortement du support ; en effet, les bas-reliefs représentent des formes encore engagées de moitié dans le support alors que le haut-relief laisse les trois quart du volume hors du support.

– Camille Claudel – Comprendre un processus de création ( → page 8)
– Utilisation d’une « machine à mettre aux points » de la fin du XIXème siècle