En souvenir du temps où j’étais instituteur remplaçant… j’ai exercé quelques semaines dans une petite école à classe unique, du CP au certificat et à cette époque il n’y avait pas de Géraldine. Ce texte tourne sur internet depuis quelques temps et m’a ému.

Monsieur Le Président,

Merci de lire ce message, un p’tit bonheur sur une page,
Une douceur… pour l’Éducation Nationale.

Je le confie à la toile, la grande toile du progrès,
Afin qu’il tisse les voiles… de la solidarité,
Et qu’il rayonne aux ondes… de l’humanité.

Je suis Professeur des Écoles dans un petit village de l’Eure,
Trois cents âmes y demeurent, et vingt-six élèves à l’école…
Une classe, dite « unique », mais cinq cours, dits multiples…

Dans cette école une chance, un p’tit morceau de bonheur,
Qui s’écrit avec ces trois lettres : “Employée de la Vie Scolaire”…

Pour l’Éducation Nationale, un p’tit bonheur, c’est pas banal,
Un léger baume sur le cœur de cette Grande Dame un peu… bancale !

Notre bonheur, c’est Géraldine, en silence elle participe
A la guérison d’la Grande Dame… elle est.. une Valeur Ajoutée
HUMAINE rentabilité, et c’est du bonheur… assuré !

Dès le matin, elle s’active, c’est sur le net qu’elle s’incline
Les courriers, les notes de service, toutes les infos de l’inspectrice,
Et celles de l’Académie…

Mes mots notés au brouillon, les compte-rendus de réunion,
Tapés, imprimés, photocopiés, enveloppés, adressés, timbrés,
Prêts à être distribués…

Encadrés, les derniers dessins des CP, affichés, sinon…à quoi bon dessiner ?
Un CM vient montrer son texte sur le musée,
Elle l’aide à le recopier, à taper sur le clavier…
Retentit le téléphone, qu’elle décroche sans tarder,
Afin de ne pas gêner le travail commencé,
Un autre enfant vient finir avec elle l’exercice,
Elle explique et décortique, redonne de l’énergie…

Rangée la bibliothèque, notés les livres prêtés,
Elle prépare la maquette, la une du journal scolaire…

Ah! Notre petit journal, « Magique », ils l’ont appelé
Quel travail de fourmi, j’y passerai… des nuits ?

Sonne la récréation, une mi-temps pour souffler,
Elle me rejoint, souriante, à la main nos deux cafés,
Quelques chaudes gorgées, entre… deux conflits à régler,
Des solutions à trouver, des mots à reformuler,
Une écorchure à soigner, une blessure à consoler…

Et puis…c’est reparti !
Sur les chemins de la connaissance, vaincre ainsi sans cesse l’ignorance,
Avec labeur, effort, sérieux, s’ouvrir l’esprit, être curieux.

Ne pas oublier l’insouciance, de tous ces êtres en enfance,
La bonne blague !… On la mettra dans le journal,
Les bons gags, et les rires, c’est vital !

Dans les pots les peintures sont bien préparées,
Quatre enfants sur un chevalet, deux à l’ordi pour recopier,
Les autres en dessin sur papier, sans elle, jamais… ce ne serait si bien géré.

Le soir, coup de fil… C’est Géraldine, à sa voix, je perçois,
Une blessure qui abîme… Écoute, me dit-elle…c’est à pleurer !
Du « Pôle Emploi » j’ai reçu… un imprimé, dans quelques semaines, c’est marqué,
Votre contrat est terminé“…
Ils me demandent ce que j’ai fait, pPour trouver un futur emploi…

Sa voix se fêle… “J’ai..un emploi! “
Ils me demandent ce que j’ai fait, pour me former, pour m’insérer,
Sa voix se gèle…. puis accélère: « Je…suis formée,
Depuis trois ans, j’me sens utile, insérée et c’est varié,
Pas bien payé, mais… j’veux rester ! »
Sa voix s’étrangle… c’est à pleurer…

Ils me demandent mes compétences, c’que j’ai acquis, que vais-je répondre?
Il y a l’espace… d’UNE LIGNE, UNE LIGNE…. mais tu te rends compte !

J’ai honte, honte…il aurait fallu UNE PAGE, au moins UNE PAGE pour répondre,
J’ai honte, honte..pour notre Grande Dame
Pour ceux qui l’ont créée, l’ont fait évoluer,
Qui a tant appris aux enfants, qui a tant encore à leur apprendre…

Et Géraldine ??? On n’ lui dira même pas MERCI
Bien sûr, pas de parachute doré, et même pas d’indemnité.
Ils lui précisent… Oh!..comme ils disent
“D’étudier ses droits… pour… le R.M.I.”
Elle a raison…c’est à pleurer…

Alors qu’on demande chaque jour, à nos élèves de dire « Bonjour »
De dire « Au revoir » et… « Merci »
De s’ respecter, d’être poli, comme vous dîtes, Monsieur Sarkozy…
Que vais-je dire, à la p’tite fille, qui l’aut’re jour, près de moi s’est assise,
Et, tout fièrement, m’a dit :
« Tu sais, Maîtresse, moi, quand j’serai grande,
J’irai au collège, comme mon grand frère,
J’irai au lycée, j’passerai mon bac, et je ferai…comme Géraldine ! »

Je sursaute… Mon cœur se serre… C’est à pleurer.

C. Picavet,
Professeur des écoles à l’école des Livres Magiques
Saint-Grégoire du Vièvre (Eure)

En hommage à toutes les Géraldine, Florence, Sabrina, Laurence, Elodie, à tous les Philippe, Sébastien, et bien d’autres qui ont valorisé mon travail, et participé à la guérison d’la Grande Dame… qui est encore bien
malade…

Je ne crois pas à la peur, je crois à la force et à la magie des mots,
Et pour garder notre bonheur, il suffirait de quelque Euros…
Quel patron, quelle entreprise, après trois ans de formation,
Jetterait son salarié, pour prendre un autre, recommencer ?
Quel jardinier, quel paysan, brûlerait sa récolte mûre, après avoir semé, soigné

Je n’ai pas fumé la moquette, je veux seulement que l’on arrête,
De prendre les gens pour des pions,
qu’on arrête de tourner en rond !
Torpillé le « Chagrin d’école » en mille miettes de BONHEUR !

P.S: Ironie… À la rentrée, c’est presque sûr notre petite école rurale
Sera dotée d’une Valeur Matérielle Ajoutée,
Des fonds ont été débloqués, huit ordinateurs et un tableau interactif
Une « classe numérique »
Nous serons à la pointe du progrès ! Et pour cela, je serai formée !
Mais, qui m’aidera à installer, et à gérer, sans Valeur Humaine Ajoutée !