Affiche foire CPA 2009Le thème de la foire du Pays d’Aix, qui se tenait à Venelles ce dimanche, a inspiré à Pénélope un billet mélangeant les souvenirs de son enfance et la réalité d’aujourd’hui. Cuba, île paradisiaque – c’est l’image présentée aux visiteurs de la foire, ou enfer de la dictature – c’est le quotidien de la plupart des cubains ?

Le dossier de presse de cette foire, qui a raté l’occasion d’une réelle solidarité avec le peuple cubain, ne nous a servi que les poncifs éculés des tours-operators : les cigares, la Salsa, le rhum et… le Che !

Santeria venelloise

Un panneau, entraperçu au détour d’un virage, une danseuse cubaine (ou plus exactement l’idée que l’on s’en fait à Venelles) au pied de la Sainte Victoire, voilà qui suffit à me ramener aux douces heures de mon enfance, bercées par les récits d’amoureux effrénés de la liberté.

Une voix douce aux accents à la fois chantants et rocailleux, un visage aux traits encore jeunes, des cheveux prématurément gris, un regard d’une extrême bonté mais qui semblait avoir vu toutes les horreurs dont on ne pensait pas l’homme capable, des mains fines aux doigts à la fois déliés et vigoureux, et le récit d’une vie, de sa vie, à lui l’artiste. Le pianiste classique, promis aux salles de concert les plus réputées, et qui n’avait que les murs des prisons cubaines pour entendre le tapotement de ses doigts sur un clavier muet. Épris de liberté comme le sont les artistes, les vrais, le pianiste n’entrait pas dans les critères officiels, établis par le chef d’orchestre de la petite île, sorte de virgule ponctuant l’océan aux larges des côtes américaines. Pour conserver la souplesse de ses phalanges, la finesse de son doigté, le pianiste s’était fabriqué un clavier muet sur une pauvre planche de bois, et inlassablement, dans l’espoir de s’asseoir, un jour prochain, devant un Steinway, plusieurs fois par jour, il faisait des gammes dont lui seul percevait le son.

Bien des années plus tard, quand Ricardo Gonzalez Alfonso reçut, au fond de sa prison le « prix du journaliste 2008 », décerné par Reporters sans Frontières, on put se dire que, non, décidément rien n’avait changé à Cuba, sans doute une réalité qui a échappé à nos élus, inaugurant la 15ème Foire du Pays d’Aix, « mettant à l’honneur : Cuba… île paradisiaque des Caraïbes, mélange unique de beauté, de couleurs et de fête… ».

Le dossier de presse de cette foire, qui a raté l’occasion d’une réelle solidarité avec le peuple cubain, ne nous a servi que les poncifs éculés des tours-operators : les cigares, la Salsa, le rhum et… le Che, mais, heureusement l’internaute avisé, et amateur de belles choses, aura lu un papier, d’une autre tenue, chez Gérard Ponthieu.**

Pénélope

* Ricardo González Alfonso journaliste de l’année

** Lettre de La Havane. « Un été cubain bien spécial »